mercredi 22 décembre 2010

Sidi Bouzid: Le rouge et les noirs.


               

  Le temps s'est figé, brusquement. Il a fallu que tu craques cette allumette pour commencer à sentir le poids de ton existence peser un peu moins sur tes épaules. Bientôt, tes souffrances s'en iront pour de bon. Quand la flamme qui danse dangereusement devant ton corps ruisselant de toluène l'aura rejoint, ta peine te quittera. Ton cœur bat à tout allure, comme lors d'une première rencontre, mais la femme en question te seras fatale. Plus que quelques secondes... Et peu importe les hurlements près de toi que tu n'arrives déjà plus à distinguer. Après avoir psalmodié quelques mots, tu penses à dieu, à ta mère,seule, et à tes huit frères et sœurs. Et puis tu fermes les yeux...

   Nul n'aurait imaginé à quel point ton corps incandescent aurait réveillé les milliers de miséreux autour de toi, tapis dans la pénombre de leur peur depuis des années, tu sembles les guider vers le chemin qu'il avait tant peur de prendre. Toi, Mohamed Bouazizi, torche humaine illuminant les ténèbres de nos petites existences, réveillant la colère qui sommeillait au fond cette Tunisie délaissée, ralliant à ta bannière les hordes de chômeurs sans espoir, les légions de déshérités mis à l'écart, toute la population de seconde classe qui s'est réchauffé le cœur à la chaleur de ton corps se consumant, qui s'est retrouvée du courage dans ton acte de bravoure ultime. Tel un phare,tu les guides partout là où ils pourront enfin exprimer leur colère si longtemps refoulée. Alors marche fièrement! Que ta peau se disloquant nourrisse cette terre qui accouchera d'autres héros! Que les cris strident de ta voix parviennent jusqu'à la puissante Carthage et en fassent trembler le Palais! Que tes hurlements de douleur déchirent le cœur du gros roi indigne!

   Roi indigne, roi peureux. Lui qui ne sait que t'envoyer ses cafards. Cafards ils sont, cafards ils resteront. Cette armée de taches noires à la démarche lourde et au regard menaçant. Eux qui n'attaquent qu'en surnombre, eux qui n'attaquent que derrière leurs armures. Ils t'entourent et essaient d'étouffer ton cri, la peur les empresse de tuer cet embryon de révolte qui leur fait froid dans le dos. Ils frappent, raflent et torturent à tour de bras, eux qui pourtant n'étaient que des citoyens misérables tout comme toi, avant de passer du côté obscure de la force, celui qui faire taire le chant des oiseau et met en cage la Liberté. Celui qui fait régner les Ténèbres et chante le Mal partout où il va.


 Courage Mohamed! Le feu de ta colère aura bientôt consumé leurs carapaces d'insectes noircies. Tes derniers cris feront du timide un valeureux et transporteront les foules jadis endormies. Ton sacrifice illumine déjà le ciel! Nous avons espoir en un avenir meilleur. Alors brûle, et brûle encore! Illumine notre chemin de ton courage. En attendant les nôtres, tes vœux seront peut être exaucés et tu ne sentiras plus aucune souffrance. Tu iras sûrement  revivre plus haut, dans un endroit plus accueillant, un paradis comme tu n'en as vu que dans tes rêves. Comme un phénix qui renait de ses cendres...

vendredi 22 octobre 2010

La nouvelle mode des kidnappings en Tunisie.



 C'est la nouvelle mode en Tunisie! Tout le monde pleure de chaudes larmes dessus sur Facebook! Un concert d'Elton John à Carthage? Mais non. L’Espérance qui se réconcilie avec le peuple égyptien, même pas! David Beckham en tournée promotionnelle à Tunis, encore plus fort! Après l'affaire de la petite Sarra kidnappée en septembre dernier, c'est au tour du petit Montassar de faire larmoyer le bon peuple après s'être fait enlevé par de méchants bonhommes cagoulés, dont on a réussis à avoir de bons portraits robots ( cherchez l'erreur ). Il est assez incroyable de voir comment, en si peu de temps et avec si peu de moyens, on a pu mobiliser une armée humaine aussi imposante. Tout le monde poste, publie, montre la photo, s'inquiète, rassure un autre, émet des hypothèses. La recette est à chaque fois la même: un beau petit minot, une maman en pleure, un mystère, des questions... C'est ainsi qu'on réussit ce tour de magie incroyable de détourner l'attention du tunisien moyen du championnat de football, et de faire oublier un temps sois peu à la minette tunisienne l'intrigue de son feuilleton télévisé ou le charme du nouveau clip de Nancy Agram. De la magie je vous dit! Du très haut vol!




  Qu'on me comprenne bien: je ne suis pas encore atteint d'idiotie primaire pour souhaiter la mort d'un pauvre petit gamin qui n'est au fond que la victime d'une société tunisienne qui se criminalise de plus en plus et va connaître les rapts si tragiquement à la mode en occident. Mais je trouve honteux de faire autant de cas d'une victime de simple malfrats alors qu'on passe sous silence les centaines d'autres crimes commis par un état voyou qui eux atteignent les sommets de l'horreurs dans la plus grande impunité. Je souhaite de tout coeur que ce gamin revienne dans les bras de sa maman mais, excusez-moi, je n'aime pas les récupérations médiatiques et garderai mes distances avec l'affaire. Je rappelle à tout le monde que Khedija Arfaoui s'est faite emprisonnée en juillet 2009 pour avoir diffusé sur Facebook des informations concernant... les nouveaux enlèvements d'enfants! Hier, 8 mois de prisons pour elle, et aujourd'hui une récompense pour celui qui livrerais les ravisseurs?




   Bizarrement, on ne dit jamais rien des disparitions fréquentes d'opposants au régime ou (pire) de simple citoyens n'ayant rien fait, on parle encore moins des grèves de la faim qui deviennent presque quotidiennes. La Tunisie a connu une importante réforme qui allait allonger à 62 ans l'âge de départ à la retraite. En France ils font la même chose,c'est presque la révolution. En Tunisie, personne n'en parle. Même pas mal!  La crise? Connait pas! On vole les richesses du peuple, on le torture, on l'emprisonne, on l'humilie, on l'infantilise, on traîne ses héros dans la boue, on casse la gueule de ceux qui se battent pour lui, et lui,le peuple, ne dit rien! Par contre tout le monde reprend la symphonie orchestrée par nos très indépendants médias nationaux pour trouver un pauvre petit garçon. Un journaliste est injustement jeté en prison où il risque de mourir de son asthme avant même de mourir de sa grève de la faim, et alors?! Un journaliste, ça fait pas pleurer, et si ça tombe l'histoire est fausse on va vous dire! En France aussi le gouvernement a tenté la diversion en agitant le spectre de la menace terroriste, supposée détourner l'attention de la population en cette délicate période, la manœuvre est archi-connue. En Tunisie on l'a reprise et améliorer. Mais nous allons garder jalousement la recette de ce succès.



dimanche 10 octobre 2010

Psychanalyse à la musulmane.


 Ces deux courts entretiens sont extraits de la rubrique du courrier des lecteurs du magazine Salamnews n°15 datant de mai 2010. Nora et Mansour demandent à Chams en Nour, psychanalyste du journal, quelques sages conseils concernant leurs problèmes...

 "Je ne sais pas trop si c'était bien de ma part de vous poser cette question, mais j'aimerais savoir si j'ai mal agi en ayant des rapports avec mon futur mari. Nous avons fait une petite fête avec ses parents et le miens pour célébrer notre union et mon père a acheté du mouton. Le soir, les hommes ont fait la prière et ont lu le coran pour célébrer notre union. Ma mère est au courant et celle de mon époux aussi. Mon père ne le sait pas, j'ai peur de le décevoir. Ma question c'est de savoir si c'est halal ou haram. " Nora.

 Chams en Nour: Chère soeur, merci de votre confiance mais, pardonnez-moi, je vous renvois votre question. En votre âme et conscience, à partir du moment ou votre mariage était programmé, votre futur mari d'accord et vous aussi, pensez-vous avoir commis une faute qui pourrait contrarier votre relation à Allah? vous êtes la seule à pouvoir répondre en toute lucidité à cette question, vous ne pouvez pas décemment vous en remettre à d'autres pour la trancher. Quant au respect envers votre père, je le trouve malmené par un secret dont vous avez décidé de l'entourer et qui revient à une forme de mensonge, qui, lui est haram (illicite)... Demandez-vous plutôt pourquoi vous n'arrivez pas à assumer votre décision d'adulte.

 " Je me retrouve dans une situation très délicate: je suis sorti quelques semaines avec une musulmane française, qui est tombé enceinte. Je n'était pas prêt à avoir un enfant avec elle, mais elle a voulu le garder. J'ai raconté à mes parents en Algérie que nous étions mariés religieusement, mais ce n'est pas vrai. L'enfant est né, la mère reconnait mon rôle de père, que je veux bien assumer financièrement, mais elle refuse de vivre avec moi, car elle dit qu'il n'y a pas d'amour entre nous. Qu'en pensez-vous? " Mansour,34 ans.

 Chams en Nour: Avez-vous réfléchis à : pourquoi ce mensonge envers vos parents? Souhaitez-vous être tellement conforme à ce que vous croyez qu'ils attendent de vous? Avez vous peur de transgresser les valeurs familiales? Quand vous êtes sortis avec cette femme, ces questions se sont posées et, maintenant, vous devez assumer les conséquences de vos actes. C'est bien que acceptiez l'enfant dans ces conditions, vous reconnaissez son besoin de père, mais ce serait encore mieux si vous osiez dire la vérité à vos parents. Ils la sauront un jour ou l'autre,non? Souvenez-vous que le prophète [ Paix et salut sur lui] a dit: " Qu'est-ce qui fait tomber les gens dans l'Enfer sur leur nez,sinon que la moisson de leur mensonges?" "

 Curieux ces petites conversations, presque loufoques. D'abord la pauvre Nora qui au lieu de demander l'avis à un juriste en islam sur tel ou tel acte va poser la question à une psychanalyste, cette dernière ne trouvant pas mieux que de la renvoyer à ses propres questions, et bang le direct du gauche! Et bien halal lui! Après vient une autre victime, une autre âme perdue, Mansour, énième sacrifié sur la liste de la religion qui a du choisir entre sexe et piété ascétique, entre droit à la liberté et abstinence obligée, entre amour du corps et passions tristes. Notre bonne psychanalyste ne s'en laisse pas défaire pour autant et le rappel au devoir ô combien sacré, ô combien ancestral d'obéissance envers les aînés. Rien n'est dit directement, tout est sous-entendu évidemment. Mais le désarroi qui en naît lui est bien réel. Si après ça on croit encore que la religion est un refuge pour toutes les âmes perdues..

Un sport de branleur...



James Burden, 55 ans, affectionne particulièrement le sport. Cet Ecossais vient d'inventer une forme assez particulière de biathlon. Il a été arrêté, à 5 heures du matin, tandis qu'il faisait du trampoline tout en se masturbant. L'objet de son excitation était la chambre allumée des voisins, mais ceux-ci ont alerté la police. On ne sait si le sauteur avait eu le temps d'atteindre le septième ciel !


Paru dans Marianne,21 août 2010.

samedi 9 octobre 2010

Le Désir de peindre.

Malheureux peut-être l'homme, mais heureux l'artiste que le désir déchire!

Je brûle de peindre celle qui m'est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu'elle a disparu!
Elle est belle, et plus que belle; elle est surprenante. En elle le noir abonde: et tout ce qu'elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l'éclair: c'est une explosion dans les ténèbres.

Je la comparerais à un soleil noir, si l'on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l'a marquée de sa redoutable influence; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d'une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l'herbe terrifiée!

Dans son petit front habitent la volonté tenace et l'amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l'inconnu et l'impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d'une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d'une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.

Il y a des femmes qui inspirent l'envie de les vaincre et de jouir d'elles; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.


Charles Baudelaire.
Le Spleen de Paris.

Madone de Edvard Munch

vendredi 1 octobre 2010

Lettre à Elleise




Fuck your God! your Lord! your Christ!
He did this! took all you had and..
Left you this way, still you pray, never stray, never
Taste of the fruit, never thought to question "Why?"

It's not like you killed someone
It's not like you drove a hateful spear into his side
Praise the one who left you broken down and paralyzed

He did it all for you...

lundi 20 septembre 2010

Quand les roms battent le petit gaulois



 Ah qu'elle joie! Qu'elle jouissance cette semaine! De voire une telle symphonie européenne se déchaîner tout en douceur contre le roi autoproclamé du bon peuple gaulois! Qu'elle joie! Une jubilation tantôt partagée avec le poste de radio, tantôt avec le journal télévisé, tantôt avec la presse écrite. Chaque jour, un nouveau round de cette bataille diplomatique qui ne dit pas son nom, à coup de médias interposés. Et à chaque fois, autant de stupeur que de jubilation..

 Rappelons les faits  : Une circulaire datant du 5 août ( ici ) a été rendu publique il y a quelques jours, provoquant le tollé général. Non content d'avoir entamé depuis le début de l'été un politique d'exclusion massive des camps de roms, le pouvoir a voulu accélérer la cadence en instaurant une discrimination ethnique d'état les visant directement. Dans un contexte où l'espace fondamental des libertés en France semble en danger, les critiques venant de tous bords sur la scène internationale ne semblent pas faire tanguer plus que ça le navire de notre gouvernement.  Après les durs mots de la commissaire européenne à la Justice luxembourgeoise Viviane Reding à l'égard de la politique actuelle de reconduite à la frontière de roms, ce fut à Eric Besson de défendre aussi bêtement que maladroitement la ligne politique de notre cher président. Le spectacle a prix ensuite une toute autre tournure quand enfin notre cher Nicolas Ier se mis sur le ring et dé-Clara de sa voix mielleuse que "il n'y avait absolument rien à reprocher à la France en la matière mais si les Luxembourgeois voulaient les (roms)prendre, il n'y avait aucun problème", tout ajoutant qu'il avait le "soutient complet d'Angela Merkel" en affirmant que la chancelière lui avait fait part de son approbation pour ce qui était de "l'évacuation des camps". S'ensuivi un tonnerre d'indignations aux frontières accompagnés d'une cascade de démentis germaniques.  «Il est comme un enfant pris en flagrant délit de mensonge et qui s’entête à affirmer qu’il dit la vérité», écrira le Financial Times Deutschland. 

 Passé le temps de la première indignation, force est de constater la tournure alarmante qu'on pris les relations qu'entretient la France avec nombre de pays sur la scène internationale. L'image du pays se dégrade de jour en jour, la France s'isole avec un entêtement incroyable. Victimes collatérales de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, les roms sont une fois de plus stigmatisés et considérés comme citoyens de seconde classe alors qu'ils détiennent un passeport européen. "voleurs de poules", "sales brigands", des préjugés qui les suivent aussi fidèlement qu'ils suivent la route du voyage. Coupables d'être pauvres. Je suis dégoûté de voir qu'on applique encore la politique du bouc émissaire au 'Pays des droits de l'Homme'. Je parle souvent avec quelques uns d'entre eux, des enfants ou des jeunes filles le plus souvent, souvent enceintes aussi. Un jour que mon bus avait du retard, j'ai interpellé l'une d'entre elles près d'un distributeur de billets et je lui ai demandé comment allait-elle appeler son nouveau-né? Elle m'a dit en rigolant que puisqu'il avait été conçu sur le sol français, elle l'appellerai donc François, " et si c'est une fille alors ?! ", " et bien ... Francesca!" Je ris au éclats devant tant de spontanéité et de d'humour innocent, malgré les regards inquisiteurs des voyageurs médusés près de moi. Et alors si je donne des pièce à une roumaine? Et alors si je parle avec eux et les considère comme des êtres humains? Eux au moins n'ont pas élu une pourriture à la tête de leurs état comme vous l'avez fait.

  

vendredi 10 septembre 2010

Un aïd chez les chiens.



  J'ai rarement été d'aussi mauvaise humeur un jour d'aïd. Une humeur sale plutôt, comme des eaux usées allant en souiller d'autres... Le fait que je ne sois plus en Tunisie y est peut-être pour quelque chose. Mais il n'y a pas que cela. Le simple fait de voir toute cette masse inextricables de petites gens qui se souhaite un 'Aïdek mabrouk' à droite à gauche, à une vitesse d'autant plus vertigineuse qu'elle est démultipliée par les réseaux sociaux sur internet ma donné une sorte de nausée, en me rappelant combien l'homme peut être bête et stupide, combien l'homme peu être atteint d'un Alzheimer précoce qui lui fait oublier que pendant qu'il est entrain de faire le tour de sa famille et de ses amis, des milliers d'innocents croupissent au fond de leur cellule pour avoir défendu son droit à la liberté , son droit à plus de justice, son droit à une information de qualité. Qu'on les oublie à longueur d'années cela est assez commun diront-nous, l'homme se lassant  assez vite des luttes interminables, son élan de générosité étant tellement faux et hypocrite qu'il s'effrite au fil de quelques jours. Mais comment les gens peuvent-ils avoir l'indécence de fêter si bruyamment et crier si haut leur joie alors qu'un journaliste suffoque de ses crises d'asthme au fond de sa cellule? Alors que les étudiants de mon pays valsent entre grève de la faim et peines de prison injustifiées? Comment les musulmans du Maroc jusqu'au Bahreïn oublient que chaque jour qui passe un nouveau blogueurs se fait arrêter ? La société tunisienne actuelle m'inspire un dégoût indescriptible, entre les passants dont la priorité première est un stupide match de foot jusqu'au médias lèche-bottes d'un pouvoir qui a du sang sur les mains. Tous lèche-bottes, tous kif kif. Le bal des faux-cul un jour de l'Aïd, on aura tout vu! Ouvrez n'importe quel journal ( ou presque ), c'est à celui qui va le plus faire plaisir au Roi! Notre bon vieux président est partout, et partout il est gentil. Et cette fête sacrée pour les musulmans est une nouvelle occasion en or pour sacraliser sa personne. La nature humaine est bien étrange, l'homme se plait parfois à perdre sa dignité pour plus de reconnaissance ou pour une promotion professionnelle, l'homme se plait à torturer à humiier et à voire souffrir ce corps devant lui qui lui ressemble pourtant tellement. L'homme n'est pas qu'un loup pour l'homme, c'est un salaud. Non, désolé, pour moi ce n'est pas un Aïd.


 à tous les pères qui ne verront pas leurs gosses marcher..
 à tous les hommes qui ne pourront serrer dans leurs bras leur bien-aimée.
 à toutes ces femmes privées de joie pour avoir eu plus de courage que certains hommes.
 à vous journalistes, étudiants, syndicalistes, blogueurs, militants de tous bords, ou simples citoyens..


 Je vous souhaite humblement un bon aïd et ne vous oublie pas.

mercredi 8 septembre 2010

Libérez Ali Abdulemam!





  Les pays arabes n'échappent pas une fois de plus à leur tradition de chasse aux sorciers blogueurs. Le samedi 4 septembre ce fut au tour d'une des figures du militantisme au Bahreïn, Ali Abdulemam, d'être arrêté et emmené aux bureaux de la sécurité nationale. Alors que le pays connaît une vague sans précédent d'arrestations qui ne va pas sans rappeler la vague sans précédent de censure en Tunisie, le site du blogueur bahrainonline.org crée en 1999 est désormais fermé ( regardez la mascarade ça vaut le coup). Quel est son crime selon les autorités? " Avoir diffusés de fausses informations sur l'état des lieux au Bahreïn. ", le ministère de l'intérieur a même ajouté que son arrestation "fait partie d'une enquête concernant un réseau terroriste planifiant une campagne de violence, d'intimidations et d'actes de subversion au Bahreïn." Le coup classique.

  Quand on se rappelle que le pays est également coutumier des actes de tortures, on ne peut que s'inquiéter pour le sort de notre ami qui est l'énième victime de régimes qui ont criminalisés toute revendication, faisant de simples blogueurs des criminels en puissances ou de quelques militants syndicaux des bandits de grands chemins.    Je ne le connais pas pourtant je me sens proche de lui. Je ne l'ai jamais vu pourtant son visage est le même que celui d'une Fatma Arabbica, d'un Mouhamed Soudani ou d'un Fahem Boukaddous..

 Je me joins à toute la communauté des internautes pour réclamer la libération inconditionnelle et immédiate d'Ali Abdulemam. Soyez nombreux à nous soutenir et joignez le groupe Facebook Free Bahraini Blogger Ali Abdulemam. Diffusez le message autour de vous et parlez-en.

 Le silence est le meilleur complice de l'injustice.

samedi 28 août 2010

Adieu Commissaire Maigret.




Le samedi 7 août 2010, alors que je regardais les informations, tout à coup, la nouvelle tomba.
 J'ai su... j'ai su que vous n'étiez plus de ce monde commissaire. C'est avec beaucoup de tristesse je dois l'avouer que j'accueillis la nouvelle, le coeur du petit enfant qui était en moi pleurait. J'augmentai le son de la télévision, scrutai avidement les images qui passaient, mais c'était d'autres images qui défilaient devant mes yeux, et d'autres sons..venus du passé. C'était mon Maigret à moi qui ressurgissait des entrailles de mes souvenirs.

 Mon Maigret à moi fait parti des plus vieux souvenirs d'enfance que je garde. Je devais avoir quatre ans lorsque mes parents ont allumé la télévision de notre petite pièce plongée dans la pénombre, je fus hypnotisé instantanément. Mon Maigret à moi est le compagnons des longues après-midi estivales, où nous regardions quotidiennement un épisode sur France2, sous le vieux climatiseur de première génération. A chaque fois, Bruno Cremer excellait tout en sobriété dans l'interprétation de son rôle, car Maigret c'est avant tout cette force nonchalante, ce pardessus sombre si bien assorti au chapeau, cet oeil ironique du connaisseur, amateur de bons plats,toujours à essayer de sonder la personnalité des personnes, à la ville comme à la campagne, dans cette France des année quarante-cinquante. Ainsi, Bruno Cremer est décédé à 80 ans des suites d'un cancer. Parlant du personnage qu'il incarnait, il disait encore il y a peu " Ce qui m'intéresse en lui c'est sa passion, cette espèce de passion exclusive pour ce qu'il a à faire. " Mon coeur d'enfant pleurait à cet instant,oui, pleurait car il n'allait plus entendre cette voix grave si familière, arpentant tantôt entre les murs froids de la capitale, tantôt entre les paysages campagnards pittoresques.

 Mais que vais-je donc retenir de Maigret ? Quelle image ma petite âme d'enfant retiendra-t-elle, de tous ces épisodes, de tous ces moments passés devant le petit écran ? S'il devait ne rester qu'une chose ce serait sans doute ce générique , ces quelques instants cinématographiques que je regardais avec des yeux émerveillés, fascinés devant  l'esthétique quasi parfaite de la mise en scène, une musique alliant l'intrigue qui va de paire avec la série et le mystère entourant le personnage de Maigret. Mais surtout, surtout, il y a là décrit dans les plus fins détail du rituel immuable du commissaire Maigret allumant sa pipe, et tout y est: de la démarche nonchalante du monsieur en noir allant vers son bureau au moment où le tabac s'embrase dans le fourneau. La caméra s'éloigne ensuite, laissant la silhouette de notre cher commissaire, entre les volute de fumées grises, disparaître dans le noir, et plonger à nouveau dans mes souvenirs..

 

mardi 17 août 2010

Le yo-yo censeur.


 La journée du lundi 16 août 2010 restera sans doute dans les mémoires pour beaucoup d'internautes tunisiens et pour longtemps. Il est à peu près 20 heures du soir quand je me connecte à mon compte Facebook, je ne devais en avoir que pour quelques minutes..

 Et voilà que je vois les murs partout inondés de messages, de cris de joie et de victoire:

"Flickr, wat.tv,LeNouvelObs,TheWashingtonPost,20minutes.fr, BBC, blip.tv, aljazeera.net ne sont plus censurés!!!" 

pouvait-on lire. Je n'en croyais pas mes yeux! Comment?! Ammar le censeur aurait-il finalement fait machine arrière? Les dernières actions anti-censure sur le net et à Tunis auraient-elles eu raison de lui au final? Est-ce réellement la première victoire de cette longue guerre qui épuise bon nombre de tunisiens?

 Voulant vérifier par moi même les informations, je me jette sur mon navigateur, avide de liberté. Et là, ô miracle! Le site wat.tv est ouvert! Je vérifie: non je n'utilise aucun proxy...la joie est encore plus intense quand je découvre qu'un bon nombre des blogs de amis "jadis" censurés sont de nouveau accessible. YouTube et Dailymotion ne sont cependant pas encore ouverts(rien d'étonnant quand on connait le nombre de vidéos contre le régime qui y sont hébergées)A mon tour je propage la bonne nouvelle sur Facebook. Je quitte la maison sur un petit nuage.

 Malheureusement, comme cela arrive bien souvent en Tunisie, la désillusion ne s'est pas faite attendre. De retour quelques heures plus tard, je découvre à mon grand désarroi que toute les pages ont été à nouveau censurées. Plus rien, le fichu 404 est réapparu. Ainsi, le parfum de liberté ne se sera fait sentir qu'un instant, les rayons de lumière n'auront jailli des ténèbres que l'espace de quelques heures, le rêve s'est envolé en fumée...

 Que s'est-il passé? Pourquoi, comment? Sur le coup, j'ai pensé que ammar et ses gros ordinateurs s'étaient fait avoir par un hackeur-libérateur. Sinon quoi? Aurait-il fait tout cela rien que pour tester les réactions sur le net des gentils cons-citoyens tunisiens, pour voir l'impact...pour se moquer de nous? Il semble que l'explication  la plus plausible soit un tantinet plus technique ( ici ). Beaucoup de langage informatique à avaler, et au final c'est la même indigestion numérique qui nous reste...

 Il va de soit que le combat pour une Tunisie plus libre continuera. L'ensemble des bloggueurs et de ceux qui ont milité pour la levée de la censure ne vont pas se rendre après une bataille perdue, on les sait plus coriace que ça.
 Pour terminer, voici une carte montrant un récent classement de la liberté de la presse dans le monde fait par Reporters Sans Frontières pour l'année 2010. On remarque une notable avancée de la Tunisie par rapport au classement précédent puisque cette dernière dépasse désormais la Chine. 





 Ammar, mon doux petit ammar...un jour on t'aura!

jeudi 12 août 2010

Allô le monde ?


 En principe, c'est l'été. Une occasion pour rester un peu au calme, ou tout du moins un peu plus que souvent. Avoir l'esprit un peu plus tranquille, siroter une bonne boisson ( au choix ), lire un peu ou voir quelques amis. Bref, on devrait avoir la paix!

 Malheureusement, comme c'est souvent bien le cas sur terre, on aura pas vraiment la paix tant qu'on aura pas la paix dans le monde, et on aura pas vraiment la paix tant qu'il y aura un poste de télé ou un ordinateur chez nous pour nous déverser un flot continu de misères et catastrophes qui, d'ailleurs, ne s'arrêtent pas parce que c'est les vacances.

 Ces jours-ci, on a droit soit aux flemmes de l'enfer qui attaquent le pays des neiges, faisant craindre une catastrophe nucléaire en Russie, ou alors à la montée du racisme ordinaire et banalisé dans notre douce France, où les expulsions arbitraires de camps de Roms se poursuivent dans un climat de plus en plus nauséabond. La palme du désespoir actuel revient peut être au Pakistan qui a déjà enregistré 15 millions de déplacés du fait des importantes innondations, et une communauté internationale aux abonnés absents en matière de dons... on a suffisamment pleurer pour Haïti maintenant on va moins facilement sortir le porte monnaie! Sans oublier la mauvaise publicité dont jouit le pays grâce aux talibans qui font pour le coup office d'épouvantail face à la timide bonne volonté mondiale. Rajoutez-y une gestion catastrophique de la crise, et vous aurez toutes les bonnes raisons du monde pour allez prier pour qu'Allah dans son infinie miséricorde vienne un peu en aide à ces sinistrés en ce moi saint de ramadan.

  Et si par malheur vous avez envie de changer de chaine d'informations vous tomberai à coup sûr sur d'autres cocktails de tragédies humaines, et là encore c'est au choix; entre les glissements de terrains meurtriers en Chine et les risques de pollutions, la probable lapidation en Iran de la pauvre Sakineh qui a du - humiliation suprême - "avouer" son tort publiquement à la télé, après une petite séance de torture concoctée sur mesure. Sans oublier of course la marrée noire de BP si l'on veut être un peu plus exotique.


 Si toutefois l'on se sent lassé par tous ces sujets d'actualité, on peut toujours sur rabattre sur notre bonne vieille crise économique ou encore le réchauffement planétaire, la montée du racisme dans le monde etc etc.. les sujets ne manquent pas si l'on est un fervent optimiste en ce qui concerne l'avenir du genre humain à moyen ou long terme.
 L'état du monde, mieux vaut ne pas trop s'en préoccuper quand on est en vacances, lui ne prend pas de vacances quand il s'agit de s'occuper de notre moral..

lundi 9 août 2010

Paris! (Part. III)



  De nouveau, je me retrouve à dévaler une volée de marches, retournant une énième fois dans le dédale des galeries souterraines de la capitale, à attendre de nouveau une de ces chenilles métalliques grinçantes.  Près de moi, des supporters de Clermont chambraient gentiment d'autres Perpignanais sur l'autre quai, ce soir c'était finale de top 14 du rugby! Il fallait que je fasse vite, plus vite encore. Les aiguilles de ma montre avançaient à une vitesse bien trop rapide à mon goût... De nouveau le métro s'ouvre devant moi et je m'engouffre avec la masse compacte de gens. Je regarde de nouveau mon plan, la conférence se tiendra au théâtre de la municipalité. Entre deux changements de station, j'ai le temps d'admirer Notre Dame et la Seine...Mais le temps presse, de nouveau je plonge dans le métro..




   Enfin j'arrive à destination! Et comme la chance est toujours de mon côté et qu'il y a deux entrée au théâtre, je prends d'abord la mauvaise of course. En rentrant, je ne suis que 20 minutes à l'avance et il n'y a presque plus de place. Et c'est par miracle que je parvins à trouver une place à peu près au milieu, j'étais mort de soif, mais heureux d'être enfin là. Lors de l'arrivée de Noam Chomsky, une standing ovation et de très longs applaudissement l'accueillirent. Le vieux sage, modestement habillé comme à son habitude, la démarche incertaine et un petit sourire aux lèvres, remercia timidement la foule. Pendant plus d'une heures,il aborda les quelques uns des sujets les plus brûlants sur la scène géopolitique mondiale; le conflit israélo-palestinien, l'influence américaine en Amérique latine, le conflit en ex-Yougoslavie etc etc... et de même les intervenants lors de la séance de questions-réponses qui s'en est suivi avaient l'air d'être venus des quatre coins du globe. Parfois certaines personnes étaient applaudies pour l'audace de leur question, le théâtre allaient devenir une véritable arène politique.
Et puis comme prévu Noam Chomsky eu droit à une autre standing ovation à la fin. S'en suivit une courte séance d'autographe, et comme la chance est toujours de mon côté, il dû partir presque au moment où j'étais arrivé.

 En sortant, je découvris devant moi une femme portant le keffieh palestinien, un grand sourire accroché aux lèvres et le regard pétillant. Etant d'un naturel plutôt sociable, je l'abordais directement. Elle était tunisienne aussi, elle m'appris qu'elle était membre de l'association France-Palestine de la section de Nice, je lui appris que j'allais peut être devenir membre de celle de Lille. Le coup de foudre amical! Elle me proposa de la joindre à une réunion du comité central de leur organisation. Il y aurait des membres de toute la France. Sans hésitation j'acceptais. Nous nous perdîmes un peu dans le métro car nous étions pressés, la réunion avait déjà commencé. Je ne sais plus à quelle station nous descendîmes, le ciel était chargé de nuages et le vent défiait la solidité de notre parapluie. Nous arrivâmes juste à temps, la réunion était terminée mais il y allais avoir la projection d'un film documentaire sur les oranges de Jaffa. Pendant une heure, le drame de la condition des palestinien réapparut à mes yeux avec encore plus de force, car le film repassait en boucle les évènement depuis le début du siècle dernier. A la fin du film, je fis connaissances avec quelques autres membre de l'association venus de Grenoble, de Marseille ou encore de Paris, et nous allâmes joyeusement finir la soirée dans une café quelque part je ne sais où... qu'importe, j'étais heureux.

 Je revins à mon hôtel vers deux heures matin, c'est à dire bien plus tard que prévu, ou plutôt bien plus tard que mes parents l'avait prévu pour moi. J'avais pris le plus bas prix, et la chambre n'y a pas dérogé! Trois mètres sur trois tout au plus avec le lavabo à l'intérieur! Une petite télé accrochée au mur et  un lit, cela me suffisait. Je m'endormis devant une émission de talk show, et les dernières gorgées d'alcool finirent de m'envoyer dans les bras de Morphée.


















     La nuit passa en un éclair, le réveil sonna à six heures du matin. Tout près de moi la fenêtre de ma chambre était entrebâillée. En me penchant, la vision vertigineuse des immeubles tout près me rappelait ceux que je voyais dans les dessins animés quand j'étais minot. Toujours ainsi, à la recherche de moi-même à travers mes propres souvenirs..Je me lavais rapidement. A peine descendu, je me dirigeait vers une boulangerie pour savourer un petit pain au chocolat à 1euro10 parisien. Comme je voulais un jus d'orange aussi, je suis entré dans une petite boutique à côté qui vendait de tout, des yaourts au produit vaisselle en passant par les bouteilles d'alcools. Quand je me rendis à la caisse pour payer, je vis que je n'avais qu'un billet de vingt euros pour payer la modique somme de la bouteille que j'avais achetée. Alors je fis de mon mieux pour parler gentiment avec le vendeur, espérant la clémence de sa part, et je fis un peu d'humour, histoire de détendre l'atmosphère comme je sais le faire. A la fin, il me dit ces quelques phrases que je n'oublierai jamais:
 -"Vous n'êtes pas de paris vous, hein?"
 Et moi de répondre, avec humour:
 -" Ah bon? ... ça se voit tant que ça à ma tête que je ne suis pas parisien"?
 Un court silence, puis...
 - "Non.. mais vous êtes trop joyeux le matin".

 Je n'eus le temps que d'aller visiter en toute vitesse la Tour Eiffel, d'aider quelques touristes américains perdus dans le RER, puis je pris mon TGV vers midi pour rentrer..
Mais depuis ce jour là, je ne vois plus les jus d'orange à Paris du même oeil qu'auparavant.

jeudi 5 août 2010

Paris! (Part. II)

 Quelques images insolites, glanées ici ou là, dans le Paris qui s'est offert à mes yeux..




 Toilettes militantes. Gare du Nord, Paris.
                                              
                                                     






 Littéraires sans frontières...


                                                        


L'histoire de cette photo est assez incroyable:
j'étais sur le trottoir en train de chercher mon chemin sur une carte,près d'une station métro, quand un jeune homme qu'on aurait dit sorti tout droit du film Yamakasi, les écouteurs vissés sur les oreilles, s'est subitement arrêté près de moi. Il a pris un bout de craie et s'est mis à dessiner près de moi cette sorte de dessin que chacun interprétera comme il veut...les passants à côté étaient tout aussi étonnés que moi. Puis le jeune homme est parti comme il était venu, rapidement et sans dire un mot..




Vu à Barbés...


L'hymne national: one two three, viva l'algérie!














Vu à Barbés également..
Maïs grillé sur caddie vendu sur trottoir!





















La dame perdue du métro parisien...















Jardin japonais. Promenade d'Australie,Paris. 
   

  
           

Le poteau militant.
Palestine, Irak,Afghanistan..L'OCCUPATION TUE.
















Les transformateurs électrique aussi ont voté Obama..



Madame se cache...










vendredi 25 juin 2010

Paris! (Part. I)



Ainsi c'est fait, ma première fois! Cela faisait si longtemps que j'attendais ce moment.. on m'en avait tellement parlé..J’en rêvais!! Et puis voilà que c'est fait: je suis parti à Paris.

Pourquoi, comment? La raison est simple, au mois de mars, en surfant sur le net, je découvre par hasard que Noam Chomsky, un des plus grands intellectuels encore en vie, vient après 25 ans d'absence donner une conférence à Paris le 29 mai. Le sage est vieux, a dépassé les 80 ans, et ce sera après mes derniers examens. Je ne connais rien de Paris, encore moins des voyages parfois facétieux avec la SNCF, mais il faut se décider vite car je savais pertinemment que les billets allait se vendre comme des petits pains. En même temps mon budget d'étudiant risque d'en prendre un sacré coup..Tant pis! En quelques clics, je me lance dans l'aventure!

Le samedi 29, je suis déjà à la gare de Lille à 6h30 du matin, je ne raterai pas mon TGV. Une heure de voyage ultra rapide, la campagne verte française défile à vitesse vertigineuse devant mes yeux, qui préfèrent surveiller attentivement mes papiers plutôt que de compter les maisons qui passent. Et oui, anxieux même quand tout le monde dort autour de moi.




8h02, j'arrive dans la célèbre Gare du Nord, stars de toutes les gares, qui a vu défiler en son antre les plus célèbres poètes et écrivains de leur temps. Sa grande carcasse métallique m'enserrait un peu plus à chacun de mes pas qui me dirigeaient dans le ventre de cette petite ville qui grouillait de voyageurs pressés, d'hommes et de femmes importantes aux attachés-cases et aux costumes impeccables. Ainsi tout est comme je me l'imaginais, et même mieux encore. Je sorti quelques instant plus tard pour me dégourdir un peu les jambes… et puis moi, il me faut marcher dans une ville longtemps pour la connaitre, les brochures pour touristes ce n'est pas mon truc.
Xème arrondissement. Les immeubles blancs autour de moi sont immenses des deux côtés de la rue. Immenses et presque interminables. Cette sensation de vertige et d'autant plus accentuée que les rues de la capitale se sont révélées comme étant de véritables chemins de montagne, on monte, on descend, gare au vélo! Je me dépêchais de trouver une quelconque grande surface, car je sais qu'on y trouve parfois des toilettes gratuites, et ma vessie allait exploser. Quand après vingt minutes de marche effrénées, je m'arrêtai sur un banc public. Près de moi se tenait un vieil homme, la soixantaine, style maghrébin, bref un "frère". J'engageais poliment la discussion en français, sur Paris, sur le temps, sur tout et sur rien. Puis après quelques minutes, comme à mon habitude, je surpris mon interlocuteur en braquant sans prévenir vers l'arabe. Dès qu'il entendit les premiers " akid..manaârefech..bettbiâ!" son visage s'illumina, et le vieil immigré marocain qu'il était me serra encore plus la main, heureux d'avoir trouvé un des siens dans ce pays où il était étranger. Le soleil marocain pointait presque dans chacun des mots qui sortait de sa bouche. Je l'écoutais attentivement car j'avais du mal à comprendre l'accent marocain-plus aigu que le tunisien-mais que j'adore. Les rides ne s’étaient pas encore dessinées complètement sur son visage à la peau hâlée, et il devait porter peut être les mêmes modestes vêtements qu’il s’était achetés lors de son arrivée en France. Il savait que j'étais à la recherche de toilettes et me proposa de suite de rentrer dans le café près de nous. Une fois le besoin naturel soulagé, je le retrouvai au comptoir avec deux cafés et un grand sourire. Nous reparlâmes un peu plus de la vie au Maroc, en Tunisie, en France, des gens aux cœurs froids comme l'hiver par ici, au contraire de la chaleur qui persistait encore chez ceux de là où nous étions nés. Puis après quelques instants, nous nous dîmes à dieu, dans un moment solennel, et je vis pour la dernière fois le vieux marocain du café de Paris..

  

Les heures passaient à toute vitesse. Je prenais des photos, me promenais encore et encore et promenais mon regard un peu partout. Je pris le soin de jeter un coup d'oeil au lieu où j'allais dormir la nuit: Grand Hôtel d'Amiens, 37.5 euros la nuit, le plus bas prix! Puis je continuais ma promenade, et j'observais. Les parisiens en fin de compte n’étaient pas aussi bizarre que ce à quoi je m'attendais, des citoyens d’un pays industrialisés, juste un peu plus stressé par la vie dans la capitale, ni plus ni moins. Je garderai néanmoins longtemps le souvenir de ce métro, aux nombreuses lignes qui se croisent et se recroisent. Le métro parisien, c'est quelque chose! De longs couloir blancs maculés de publicités, des stations désertes, d'autres bondés, les rames qui hurlent à l'approchent des stations. Mais je n'avais guère le temps d'admirer ces serpents souterrains. Mon cœur me poussait encore une fois à voire ce qu'il y avait de moins de français en France. Et à paris, il y a un endroit bien connu aussi comme étant à part, c'est Barbés. 


A peine descendu de célèbre métro aérien, que je vis sous mes yeux précisément ce pour quoi j'étais venu: des rues noires de monde : des roumains, des latinos, des marocains, des algériens, des chinois, des africains, bref..presque aucun français. Une telle profusion de nationalités, un tel mélange de culture au pays de Sarko! Chaque instant mes yeux étaient attirés là puis là puis à côté, mon cerveau saturais d'images à retenir. Je me sentais le coeur  plus léger à chacun de mes pas..



 Le bonheur! Et comme nous étions samedi, c’étais jour de marché. Les voitures qui ne pouvaient plus passer dans les grandes rues encombrées par les commerçants et les badauds me rappelaient Tunis. Je pris le temps de manger un kébab près de la station, devant les informations qui relataient l'assaut meurtrier qui avait eu lieu contre la flottille de la liberté qui se dirigeait vers Gaza. Ma colère passée, je replongeai à nouveau dans cette masse inextricable d'hommes et de femmes, d'origines différentes mais qui me donnait en même temps le sentiment d'être chez moi, une joie qui nous donne l'impression d'être nous même, de nous réaliser, grâce au contact avec l'autre. C'est en lisant le blog d'une amie de Djerba (Djam si tu nous lis ;) )qui avait passé une partie de son enfance à Barbés que j'ai eu envie de visiter ce quartier, et je l'ai découvert tel que je me le suis imaginé ou presque, en tout cas loin de l'image sectaire montrée dans certains médias. 


 Rue de la Goutte d'Or, un "cycliste" comme on dit en Tunisie(un réparateur de vélo) avait ouvert sa minuscule boutique et réparai une chaîne cassée. Plus loin je vis une petite mosquée au coin de la rue, près de marchands de livres arabes. Ils vendaient des livres sur l'islam, je cherchais du Gibran, nos entretiens furent donc de courte durée. 







Les marchands de tissus furent ceux qui me rappelèrent le plus le souk de Gafsa dans lequel je me promenais si souvent avec ma mère étant petit.
 J'ai eu la chance de tomber sur de vieilles dames qui m'ont vendu l'équivalent marocain de notre "mtabbga", qui chez nous est une fine galette de pains farcie d'une sauce piquante, mais qui au Maroc est apparemment simplement trempée dans une sauce aux oignons. Et c'est avec regret que je vis que j'avais raté en fait, à quelques mètres près, le seul restaurant de France peut être à proposer un couscous authentique, et dont le prix ne vous coupe pas directement l'appétit. Avant de reprendre le métro, je suis tombé sur peut être ce qui restera la plus fine surprise de la journée: un homme qui faisait cuir du maïs sur un caddie, sur le trottoir, et le revendait comme si de rien n’était. Avec un dernier sourire, je quittai à regret ce petit bout de Maghreb en France, et me rappelant qu'il ne me restait plus beaucoup de temps, je replongeais au plus vite dans les entrailles souterraines de cette ville surprenante...


lundi 15 février 2010

La Fontaine de Sang





Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend œil plus clair et l'oreille plus fine !

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !


Les Fleurs du Mal.
Charles Baudelaire.